YK4.png

LAFLEUR | La poésie des espaces vides

INTERVIEW DE LAFLEUR, photographe et fondateur des Editions rEvolues

extrait de Révolu vol. 2

2 mai 2020 | écrit par Lola Mison

L’hiver, les pistes de ski sont prises d’assaut et les rues des stations débordent de touristes. Pourtant, l’été, seulement quelques individus viennent y chercher du calme; faire de la randonnée, ou visiter de la famille. Les stations balnéaires subissent la même rengaine. L’été, les plages sont envahies, les bars vendent un nombre incalculable de cocktails et les crèmes solaires sont en rupture de stock. L’hiver, les plages sont désertes et les volets fermés. Le photographe passionné d’architecture Lafleur témoigne de ces lieux abandonnés, laissés pour compte, avant d’être de nouveau submergés la saison d’après. Nous l’avons rencontré pour en discuter avec lui. 

Sous forme de livres photos, Lafleur confectionne des reportages architecturaux, ou plus récemment, de paysages. Il possède aujourd’hui deux livres à son actif et travaille actuellement sur d’autres projets. Il y a quelques mois, il fonde les Éditions Révolues pour se publier lui-même ainsi que d’autres photographes qu’il apprécie et qui n’ont pas accès aux grosses maisons d’édition.


Après avoir sillonné les rues de Grenoble avec un vieil appareil Kodak Retinette de sa grand-mère, Lafleur se découvre une attirance pour l’architecture urbaine. En ville et particulièrement à  Grenoble, on y voit beaucoup d’HLM, d’immeubles bétonnés; les paysages sont rectilignes, bruts.

« Je me souviens que je m’amusais pas mal au début avec le cadrage, à jouer avec les lignes, les perspectives, les points de fuite, tout ça. (…) Ce que j’aimais beaucoup aussi, c’est le fait d’être tout seul; de me balader et d’avoir des espaces où il est censé avoir du monde. Et moi j’aimais bien justement prendre des photos de ces immeubles, de ces rues, désertes. »

Son premier projet « Amour Brut », sorti en 2018 est un livre photo créé en collaboration avec Laura Feltrin, une illustratrice. Sous forme de fanzine, cet ouvrage a été imprimé et façonné l'imprimerie les Deux Ponts (Grenoble) en 50 exemplaires. On y retrouve des clichés d’immeubles réalisés en Ile-de-France et à Marseille, ainsi que 9 illustrations de corps de femmes. Théo nous explique son lien avec l’architecte brésilien de renom, Oscar Niemeyer, connu pour ses travaux très courbés : 

« En me baladant dans pas mal de quartiers, je me suis fait la réflexion que je voyais des formes féminines dans quelques constructions. Je trouvais ça assez bizarre, donc j’ai fait des recherches et un jour par hasard je suis tombé sur une citation d’Oscar Niemeyer qui disait, si je me souviens bien : "ce n’est pas de l’architecture féminine, c’est de l’architecture d’un architecte qui aime les femmes", donc je me suis rendu compte que lui, dans ses travaux, il s’inspirait du corps des femmes et des courbes de la nature. J’ai été agréablement surpris de constater que j’avais pu voir la même chose que lui. » 

mockup de Amour Brut

extrait de Amour Brut

extrait de Amour Brut

Après « Amour Brut », Lafleur réalise « Révolu » avec Tom Granier, un reportage, toujours sous forme de livre photo, sur les stations balnéaires du littoral français en hors saison. Il sont partis quelques jours en février 2019 sur les routes de la côte pour photographier cet environnement désert, à cette période.​

extrait de Révolu vol. 1

4ème de couverture de Révolu vol. 1

extrait de Révolu vol. 1

Il travaille en ce moment sur trois autres projets : « Or Blanc » , reportage sur Courchevel et sa politique axée sur les ultra-riches, qui sera son tout premier livre publié au nom des Éditions Révolues,

« Le tour des bistrots du Massif Central » avec le photographe Tristan Hamel et « Révolu vol. II » , qui traitera cette fois des stations de ski françaises et des villes à la montagne, encore une fois en collaboration avec Tom Garnier. 

Montrer une autre facette du quotidien

Lafleur souhaite transmettre son ressenti sur un environnement global, notamment par le regroupement de clichés au sein de reportages, qui apporte une vision large et justifiée. L’idée n’est pas de seulement montrer la beauté subjective de l’architecture locale, mais de remettre en question la place actuelle de l’architecture dans ces différents environnements, remettre en question la temporalité de ces lieux oubliés plus de la moitié de l’année. 

 

« J’aime beaucoup ce contraste que tu peux avoir entre des lieux qui sont très vivants à tel moment de l’année, et puis complètement morts à d’autres moments. »

 

« Aussi, je suis de plus en plus attiré par les gens, alors pas forcément les portraits ça j’aime pas, mais tu vois par exemple pendant Le tour des bistrots, j’ai adoré le faire parce que c’est discuter avec du monde, c’est voir des paysages, aller à la rencontre du monde. C’est un bon exemple parce que tu vois, tous les portraits ce n’est pas moi qui les aient fait, moi je me suis concentré sur le voyage et les paysages, mais pourquoi pas continuer à faire des projets à plusieurs photographes pour proposer plusieurs visions sur un même thème. »

extrait de Un tour des bistrots du Massif Central

extrait de Un tour des bistrots du Massif Central

Les Éditions Révolues

Après s’être adressé à des dizaines de maisons d’édition et de librairies pour la publication de ses livres, Lafleur ne recevait que des refus ou tout simplement pas de réponse de leur part. Il a donc pris le choix de se publier lui-même, en créant les Éditions Révolues en octobre 2019.

 

Nous lui avons demandé s’il y avait un fossé entre les jeunes auteurs et les maisons d’édition, si elles étaient difficiles d’accès.

« C’est un milieu guindé, laisse tomber, c’est inaccessible. Moi ça m’attire pas du tout. C’est comme les magazines ou les concours, j’ai l’impression que c’est toujours les mêmes qui gagnent. Je pense qu’à faire ça, les maisons d’éditions vont mourir, franchement, elles vont à leur perte. Si elles publient toujours les mêmes, c’est parce que c’est des bouquins qui se vendent très bien, donc elles sont sûres de se faire du pognon et de rentrer dans leurs frais. Je me souviens d’un gros libraire à Paris, hyper connu, je lui avais proposé mon bouquin. Il m’avait dit "Oh non, c’est trop cher, je prends pas le risque". Je me suis dit, "Si toi, qui est un gros libraire tu peux pas prendre le risque de mettre deux bouquins sur ton étal, bah qui va le faire ?". »

Entreprendre

« Je me suis rendu compte que t’es pas obligé de faire un bouquin à 2 000 exemplaires, un truc d’art chanmé, qui a été fait je sais pas où. En fait on peut faire des trucs vraiment par nous-même quoi, on peut faire des reliures à la surjeteuse, faire des petites séries, genre 50 ou 100 exemplaires, tous fabriqués à la main. C’est ce que va être « Le tour des bistrots », on fait absolument tout. Des photos au développement des pellicules, au tirage des photos à l’agrandisseur qui seront certainement sur la couverture. Chaque bouquin sera un exemplaire unique étant donné qu’ils seront tous faits à la main. Ça, c’est que je dis à des gens qui viennent me voir avec leur projet, je leur dis "ouais, ouais on peut avec un petit peu de moyens on peut sortir un petit truc, qui est cool et puis qui permet d’avoir l’objet dans les mains." » 

Retrouvez Lafleur sur son site internet

Retrouvez @lafleur sur Instagram

Retrouvez @editionsrevolues sur Instagram

mentions légales | yoshka.lyon@gmail.com 

  • Blanc Icône Instagram
  • Blanc Icône YouTube
  • Blanc Facebook Icône
  • Blanc SoundCloud Icône

mentions légales | yoshka.lyon@gmail.com 

  • Blanc Icône Instagram
  • Blanc Icône YouTube
  • Blanc Facebook Icône
  • Blanc SoundCloud Icône